Samedi 27 janvier 2007

Quelques centaines de Parisiens ont pris place sur le parvis de Notre-Dame, hier matin, pour suivre la célébration des funérailles de l’Abbé Pierre et dire un dernier adieu au "pape des pauvres". 

 

"Excusez-moi… Vous savez ce qui se passe ?" demande un touriste espagnol un peu perdu aux abords de la cathédrale Notre-Dame de Paris. "L’Abbé Pierre ? Ah ! oui, oui ! J’ai vu à la télévision : c’était une per-sonne très importante pour les Français." À deux Japonais tout aussi surpris de ne pas pouvoir s’appro-cher pour prendre leurs photos, un agent de police tente d’expliquer : "Non, fermé… obsèques… euh… funeral ?" Il est 8h45, le soleil se lève à droite des tours de l’édifice, le service d’ordre laisse filtrer les premières personnes sur le parvis.

Pour le moment, ils ne sont pas très nombreux à s’être déplacés par -5°C. Les visages sont un peu crispés par le froid, il n’y a pas de bousculades mais beaucoup de calme parmi ceux qui se pressent contre les barrières, près des écrans géants qui ont été installés. L’atmosphère, au milieu ce petit attroupement d’écharpes et de bonnets, a quelque chose de paisible et de feutré. Les seuls à s’agiter, ce sont les journalistes qui s’affairent autour de leurs camionnettes, sur le côté. Certains finissent de mettre en place leur caméra, d’autres commencent les premières interviews. Il y a ceux qui s’énervent, comme cette équipe qui n’arrive pas à décharger une caisse : "P… ! Ils se sont garés juste là où y faut pas, eux ! C’est Emmaüs ? Ouais, ben ils font chier, à Emmaüs !" Il y a aussi ceux qui ont l’air de s’amuser au passage d’un vieil homme, vêtu d’une pèlerine et d’un béret noirs, une canne à la main. "Filme-le, filme-le : c’est l’Abbé !", lance quelqu’un dans un grand éclat de rire.

 

"Cet endroit, ça ne lui ressemble pas"

Tout le quartier a été bouclé. Ceux qui se sont levés de bonne heure et ont bravé le froid pour être les premiers à l’intérieur en seront pour leurs frais : seuls les Compagnons d’Emmaüs munis de badges sont autorisés à entrer. Et encore… Les négociations commencent auprès du service d’ordre. "Quand on est catho et qu’on a envie d’aller à la messe, comment on fait ?" insiste Rodolphe. Sans doute est-il plus chanceux que les autres : "Allez, lui lâche-t-on, attendez-moi ici : je vais vous faire passer…" Le jeune homme sourit, visiblement heureux d’avoir trouvé un interlocuteur compréhensif. Il avait posé sa journée depuis longtemps, l’occasion était belle de venir se "recueillir" auprès de son "frère chrétien". Assis à quelques mètres de là, Jean-Paul refuse de tenter sa chance. "J’ai beau avoir la foi, explique-t-il, je suis venu prier de façon non religieuse, avec tout le monde. Pour moi, la simplicité de l’Abbé ne correspond pas à la grandeur de cette cathédrale. Il aurait été mieux dans l’intimité d’un monastère, auprès des pauvres." "Cet endroit, ça ne lui ressemble pas, renchérit Annie, d’un ton désabusé. Il n’y aura de la place que pour des personnalités qui n’ont rien à voir avec son message." Philippe, un ancien sans-abri, nuance ce propos entre la distribution de deux tracts pour une église protestante : "Lui rendre hommage, c’est la moindre des choses. Et on ne peut pas faire autrement que comme ça, et ici."

L’émotion est comme la brise glaciale : elle s’insinue partout. De façon souvent indistincte, tous ceux qui sont présents se sentent un peu redevables envers l’Abbé Pierre. Comme si l’"homme de Dieu" que presque tous s’accordent à saluer était avant tout un modèle d’"homme de bien", capable de réveiller les consciences, d’empêcher la société de "s’installer dans l’indifférence", comme le souligne Yves, l’un des tout premiers arrivés, avant de fondre en larmes. Un homme qui arbore une photo de l’Abbé sur son manteau s’approche pour le consoler. On fait un peu de place autour d’eux. Puis Yves se reprend et vérifie la batterie de son téléphone portable. C’est qu’il compte bien filmer la procession et le cercueil au moment de leur entrée dans la cathédrale… Signe de la popularité d’un homme qui, tout en étant tourné vers les plus pauvres, n’a cessé d’être une figure de premier plan.

 (Merci à Antonin Sabot pour les photos.)

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Dimanche 21 janvier 2007

 

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Jeudi 18 janvier 2007

Comment vont les rapports franco-américains ? Ils vont bien, merci, à en croire Cynthia R. Doell, chargée de l'information à l'ambassade des États-Unis en France, pour qui "vouloir les définir comme meilleurs ou moins bon n'a pas de sens". Selon elle, ils sont tout simplement "normaux". L'expression présente l'avantage d'être rassurante pour tous les coqs hexagonaux avides de savoir leur pays considéré à l'étranger... tout en évitant à la représentante de s'avancer trop sur la question.

Donc, tout va très bien, Madame la marquise (de La Fayette, sans doute) : les tensions issues de la vive opposition française à la guerre en Irak ne doivent pas inquiéter, puisque les relations entre les deux pays sont "fondamentalement normales". Nous sommes simplement en présence de "deux États adultes" ayant l'un comme l'autre une "vision forte en matière de politique étrangère, ainsi qu'un sens aigu de la Nation". Encore deux expressions suffisamment vagues pour ne froisser personne en ne disant, au fond, presque rien. Les "États adultes" pourraient renvoyer à l'opposition entre "vieille Europe" et "jeune Amérique", en se gardant bien de valider ou d'étouffer le dérapage tant reproché à Donald Rumsfeld. Une formulation diplomate, en somme, ce qui tombe bien, puisque Cynthia R. Doell l'est (diplomate). Quant à la "vision forte en matière de politique étrangère" et au "sens aigu de la Nation", cela reste une façon aimable d'évoquer des conceptions et intérêts différents, doublés de caractères forts. Des rapports un peu tendus, finalement ; mais "normaux", pour autant que le terme signifie quelque chose dans les relations internationales. 

Gants de velours, mains de fer et langues de bois

Difficile, à vrai dire, d'obtenir un commentaire plus précis de la part de la représentante de l'ambassade, condamnée à se faire porte-voix du gouvernement nord-américain et à abandonner à la douane toute trace d'opinion personnelle (elle a commencé par prévenir qu'elle ne pourrait pas répondre sur certains sujets, comme la situation en Irak).

Cynthia R. Doell tient toutefois à le préciser : "Sur bien des points, nous coopérons de façon incroyablement proche". Par "bien des points", il faut d'abord entendre tout ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Mais quoi de plus "normal" entre "deux États adultes" désirant garantir leur propre sécurité ? Après tout, la France est "le plus vieil allié des États-Unis" - selon la fameuse expression qui ressort à chaque crise entre les deux pays - et il est naturel pour des alliés d'avoir des rapports de proximité, au moins par moments. Il peut en effet être bon pour des Français, si souvent tentés par l'anti-américanisme (primaire ou non), d'entendre que, même si les journaux nord-américains ne s'intéressent pas aux affaires de notre pays, les deux nations sont "très proches" diplomatiquement.

Restent alors quelques domaines où les choses ne semblent pas devoir évoluer. "Je ne pense pas que le ministre de la Culture m'appelle un jour pour me dire qu'il n'y a pas assez de films hollywoodiens en France !" sourit Cynthia R. Doell. Certes, mais dans la mesure où les productions américaines totalisent encore pour l'année 2006 plus de 40% des entrées, on trouvera difficilement cela anormal...

 

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Jeudi 11 janvier 2007

Le Figaro littéraire publie aujourd'hui la liste des dix auteurs de langue française ayant vendu le plus de livres en 2006, résultat d’une enquête réalisée en collaboration avec le cabinet d’études GfK.

Bilan :

1. Marc Levy – 1 723 000

2. Fred Vargas – 960 000

3. Bernard Werber – 830 000

4. Anna Gavalda – 824 000

5. Amélie Nothomb – 792 000

6. Guillaume Musso – 756 000

7. Eric-Emmanuel Schmitt – 591 000

8. Jonathan Littell – 504 000

9. Christian Jacq – 407 000

10. Maxime Chattam – 403 000

Quelques remarques…

Sans surprise, Marc Levy occupe donc la tête du classement, et pèse à lui seul le double de la numéro 2, Fred Vargas, en nombre d’exemplaires vendus. Certes sans surprise, mais tout de même étonnant : le hold-up qu’il réalise tous les ans dans les librairies française méritera un jour d’être analysé en profondeur. (Si possible en faisant abstraction des passions qu’il réveille chez certains, façon : "C’est un pur génie qui écrit comme personne…", ou à l’inverse : "Pouah ! Cachez cet auteur populaire que je ne saurais voir !")

Ce qui est tout de même frappant, c’est l’aspect relativement hétéroclite de cette liste. Les Levy et Musso y côtoie des auteurs davantage spécialisés (Vargas et Chattam font dans le policier, Jacq généralement dans l’égyptologie), un dramaturge-philosophe-essayiste-scénariste à la très forte cote de popularité (Schmitt), des écrivains bénéficiant d’un véritable fan club (on serait parfois tenté de parler de secte, tant la ferveur qui entoure Werber et Nothomb est constante au fil des ans) et… deux petits "ovnis" : Littell et Gavalda.

Le premier s’est imposé lors de la rentrée littéraire (soit fin août !) avec un roman dense et dérangeant : Les Bienveillantes, gagnant simultanément les suffrages du public et de la critique, puisqu’il a remporté le Prix Goncourt et le Grand Prix du roman de l’Académie française. La seconde n’a rien publié, mais a su installer une forte curiosité autour de ses histoires tendre et loufoques.

 

Du papier à la toile

En 2007, la plupart de ces écrivains devraient encore faire parler d’eux, mais de façon différente, puisque le cinéma s’est emparé de certains de leurs succès, et quelques uns se sont lancés eux-mêmes à l’assaut des salles ! Ainsi, Marc Levy, Bernard Werber et Eric-Emmanuel Scmitt feront leurs premiers pas en tant que réalisateurs (respectivement avec Mes amis, mes amours, Nos amis les terriens et Odette Toulemonde), tandis que Régis Wargnier adapte Pars vite et reviens tard, de Fred Vargas, et Claude Berri Ensemble, c’est tout, d’Anna Gavalda.

Petit jeu : le succès littéraire est-il convertible en nombre d'entrées en salles ? Réponse bientôt.

 

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Mardi 2 janvier 2007

 

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