Jeudi 22 février 2007

Grégory Michel*, professeur de psycho-pathologie à l’université Victor Segalen Bordeaux-II et psychologue à l’hôpital Robert-Debré à Paris, a participé à l’éla-boration de la future plaquette de l’Education nationale sur les "jeux dangereux" (jeu du foulard, jeux d'agression, etc.) en milieu scolaire.

Qui sont les enfants touchés par les jeux dangereux ?

On estime que 12 à 14 % des adolescents les ont essayés, mais c’est difficile de dresser un "profil". On a longtemps cru que ceux qui pratiquaient le jeu du foulard avaient des tendances suicidaires, alors que c’est le contraire ! Ce sont des enfants très curieux, qui ont un besoin de sensation et d’existence.

 

Y a-t-il des signaux d’alerte ?

Oui, on commence à mieux les connaître. Des marques rouges au niveau du cou, des somnolences, des bourdonnements, des picotements dans les yeux peuvent être provoqués par le jeu du foulard. Mais c’est seulement l’addition de ces phénomènes qui doit inquiéter. D’autres "jeux", comme la tomate, ne laissent en revanche aucune trace.

 

Peut-on voir dans ces actes une modification du rapport à l’autre ?

Dans le cas des jeux d’agression, très clairement. L’autre n’est pas reconnu dans sa souffrance. Il y a une mise à distance assez effrayante, un détachement émotionnel, une absence complète d’empathie.

 

Ces pratiques ont-elles augmenté ces dernières années ?
Beaucoup de "jeux" existent depuis longtemps, mais leur diversité est assez spectaculaire aujourd’hui. Il y a une créativité morbide très inquiétante. Et on observe une plus grande précocité chez les enfants. De plus, la technologie a des effets pervers : on filme ses actes de violence comme une preuve. C’est une exhibition, un trophée.

 

Ces "jeux" auraient-ils un rapport avec des "rites initiatiques" ?

Bien sûr : ils touchent souvent l’identitaire. L’adolescent est à une période de transition, il a besoin d’expérimenter ses limites. Sans compter la pression du groupe, qui conduit à des formes de bizutage. La plupart des "jeux" permettent d’affirmer sa virilité.

 

Les garçons sont donc plus touchés que les filles ?

Dans le cas des jeux d'agression physique, oui. Mais il existe aussi une violence psychologique... On emploie parfois le terme de "bullying", qui correspond à un harcèlement moral, sous forme de rumeurs ou de remarques dépréciatives répétées. Cette violence-là touche beaucoup plus les filles.

 

La prévention est-elle possible ?

Il y a un risque réel, en se contentant d’actions informatives, d’inciter les adolescents à essayer ces "jeux". Une autre erreur serait de prendre un angle moralisateur – ce serait ne rien comprendre à leur psychologie. La meilleure prévention est "globalisante", c’est-à-dire qu’elle comprend l’enfant et son environnement. Il faut initier le débat et permettre la communication avec les jeunes sur ces sujets.

 

* Auteur de La Prise de risque à l’adolescence (ed. Masson) et Personnalité et développement du normal au pathologique (ed. Dunod).

par Aymeric Christensen publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Mercredi 21 février 2007

Jean-Paul Huchon a été condamné hier par le tribunal correctionnel de Paris à six mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité pour "prise illégale d’intérêt". Il va faire appel.

 

 

Les journalistes auront attendu en vain : pas plus Jean-Paul Huchon que sa femme, Dominique Le Texier, ou leur avocat ne se sont présenté hier au Palais de justice de Paris. Le tribunal correctionnel rendait son jugement contre le président socialiste de la région Île-de-France, dans l’affaire de marchés passés entre le conseil régional et trois sociétés employant son épouse. L’attente était telle que le passage d’Eric Halphen devant le mur de photographes n’a provoqué qu’indifférence.

Verdict : Jean-Paul Huchon a été condamné à six mois de prison avec sursis, un an de "privation des droits civiques et civils"  – c’est-à-dire d’inéligibilité – et 60.000 euros d’amende.

L’homme politique a été reconnu coupable d’avoir poussé la collectivité qu’il dirige depuis 1998 à passer quatre marchés publics dans des conditions suspectes en 2002 et 2003. Pour un montant total de 170.600 euros, la région avait alors choisi les sociétés de conseil et de communication Image publique, Sertis et LM Festivals, alors que sa femme travaillait pour ces entreprises.

Dominique Le Texier a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende pour "recel de prise illégale d’intérêt". Michel Sajn, chef d’entreprise à la tête d’Image publique au moment des faits, et Dominique Merchez, ancien responsable des marchés au conseil régional, ont, eux, été relaxés. Le tribunal n’a par ailleurs pas jugé illégal l’emploi par l’élu de son épouse au sein de son cabinet, en 2004.

La peine d’un an d’inéligibilité de Jean-Paul Huchon est lourde : elle correspond à celle d’Alain Juppé en 2004, pour le même délit de "prise illégale d’intérêt".

 

Une peine suspendue par l'appel

Lors du jugement, les magistrats du tribunal correctionnel de Paris ont critiqué avec sévérité le "comportement" de Jean-Paul Huchon, estimant qu’il "participe inévitablement à la dégradation de l’image des responsables politiques". Ils ont aussi fustigé la "vaine tentative, particulièrement maladroite" de l’élu de faire croire à la cour "qu’il ignorait tout des activités professionnelles de sa femme".

La décision de Jean-Paul Huchon de faire appel suspend l’exécution des peines. Il n’est donc pas obligé de démissionner de ses mandats actuels de président de région et de maire adjoint de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

Au cours de son procès, du 8 au 15 janvier, Jean-Paul Huchon avait contesté les faits qui lui sont reprochés et s’était dit touché dans son "honneur", n’ayant "jamais été incriminé pour la moindre faute" en 37 ans de carrière.

C’est sans doute afin d’empêcher que cette condamnation ne suscite une audience médiatique trop forte que l’homme politique ne s’est pas présenté hier, de même que son épouse et son avocat. Pas d’images, pas de déclarations. Pas de vagues.

 

par Aymeric Christensen publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Mardi 20 février 2007

"C’est avec des hochets qu’on mène les hommes", disait Napoléon à propos d’une de ses créations : la Légion d’honneur. Souvent décriée ou mo-quée, la médaille est pourtant observée avec déférence, en té-moigne la polémique autour de l’annonce par Me Francis Vuillemin, avocat de Maurice Papon, de son intention d’inhumer l’ancien fonc-tionnaire de Vichy avec sa croix de commandeur. Cette déclaration a été qualifiée de "choquante", à droite comme à gauche.

L’ordre national de la Légion d’honneur est "une marque de reconnaissance de l’Etat envers les citoyens méritants", explique José Tomas, chef du Bureau de gestion des membres des ordres nationaux et de la médaille militaire. Elle a pour but de récompenser le mérite mis au service de la France, que ce soit à titre civil ou sous les armes. La proposition se fait le plus souvent par ministère et doit être examinée par le conseil de l’ordre puis acceptée par le président de la République, grand maître de l’ordre. "Cette procédure est la plus simple, poursuit ce fonctionnaire qui voit passer tous les dossiers dans son bureau étroit de la rue de Solférino, à Paris. C’est pourquoi il n’y a aucune raison d’exclure, par exemple, les chanteurs, dont la nomination fait souvent polémique. De toute façon, le mérite est par définition subjectif."

Trois grades (chevalier, officier, commandeur) et deux dignités (grand officier, grand’croix) composent la Légion d’honneur, dont le nombre de membres fluctue autour de 113000. Un avancement n’est possible qu’en récompense de mérites nouveaux, selon des délais réglementés (huit ans puis cinq ans pour avancer en grade, trois ans pour être élevé en dignité). En cas d’"actes attentatoires à l’honneur", des procédures de censure, de suspension, voire d’exclusion existent. C’est le cas lors d’une condamnation pénale supérieure à un an d’emprisonnement, "ce qui arrive trois à quatre fois par an", reconnaît José Tomas.

Stelio Farandjis, ancien secrétaire général du Haut Conseil de la francophonie et officier de la Légion d’honneur se dit "très honoré" par cette "grande distinction". Il avoue sa "passion pour la France" et déclare ne pas comprendre ceux qui la refusent. Quant à la polémique autour de Maurice Papon, elle est selon lui une "pure provocation". "Un citoyen, dit-il, surtout s’il a été distingué, a certes des droits, mais doit respecter ses devoir. M. Papon avait été condamné, il faut respecter la loi."

 

par Aymeric Christensen publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Samedi 3 février 2007

Pascal Maitre, qui parcourt la planète avec un appareil photo en bandoulière pour rapporter des histoires sur pellicule couleur, porte un regard nuancé et plein de recul sur sa vie. Portrait d'un passionné étrangement dépassionné.

 

L'homme entre dans la pièce et salue ceux qui croisent son regard ; les autres ne se sont pas encore aperçus de son arrivée. En silence, il installe son ordinateur dans un coin, consulte son téléphone portable, patiente tranquillement, discrètement. Avec sa chemise mauve ouverte, ses manches retroussées et son bronzage, il semble rentrer de vacances et ne pas avoir réalisé que c'est l'hiver à Paris. Bientôt, tous les regards seront tournés vers lui.

Pascal Maitre est reporter-photographe. De sa voix plutôt faible, légèrement rauque, il insiste sur les deux aspects de son métier. Ce n'est pas la photographie artistique qu'il recherche, même s'il n'exclut pas l'esthétique dans ses clichés : ce qu'il veut, c'est "raconter des histoires, chercher l'information par l'image". Il lui arrive d'exposer ou de publier des ouvrages, mais toujours dans la perspective de son "travail de journaliste", en dressant des "portraits géopolitiques" de régions du monde, avec peut-être une sensible prédilection pour l'Afrique.

Ce Berrichon de 52 ans a en effet commencé sa carrière dans le groupe Jeune Afrique, avant de travailler pour l'agence Gamma et de devenir indépendant. Il publie aujourd'hui des photoreportages dans Geo (éditions allemande et française), National Geographic, mais aussi L'Express ou Le Figaro magazine. Et il ne se verrait pas faire autre chose, lui qui a vu naître son goût de l'image quand un "oncle d'Amérique" lui a offert son premier appareil photo. Il avait 13 ans, et à compter de ce jour "il n'y avait plus que ça qui m'intéressait", confie-t-il. "Pourtant, je n'ai pas suivi de formation. J'ai commencé des études de psycho, j'ai été pion... C'est comme ça que j'ai pu financer mes premiers voyages." À 18 ans, il part faire le tour de l'Inde, puis un périple au Pérou l'année d'après, toujours avec son appareil dans la valise. Plus tard, son service militaire, effectué dans le service photo de l'armée, lui permet de rencontrer de nombreux journalistes et lui ouvre la voie de son métier. C'est ainsi que, sans ambition particulière au départ, Pascal Maitre a bénéficié de "coups de chance" qui l'ont conduit où il est aujourd'hui - c'est à dire partout.

 

Au bout du monde, tenir la distance

Comme il retrace son parcours, ses mains caressent la table devant lui. Intarissable, il accompagne la description de ses photos par de multiples anecdotes. Au-delà de l'aspect très posé de sa diction, c'est par les gestes que semble s'exprimer son amour du terrain - d'une façon concrète, presque tactile, à mille lieues d'un discours trop théorique, ou au contraire trop exalté.

Il y a là un aspect surprenant du personnage : alors qu'on pourrait l'imaginer dévoré de passion, Pascal Maitre se montre étonnamment distant lorsqu'il évoque son contact avec certaines zones sensibles de la planète. "Je n'ai jamais été militant d'une cause, admet-il, et je tâche de 'gérer' la révolte ou la colère que je ressens par moments." Face à la violence et à la barbarie, il existe certaines choses qu'il ne photographiera pas, mais il écarte néanmoins l'idée que cela puisse provoquer chez lui un traumatisme. "Il faut savoir garder une distance, rester clair. Si tu emportes tout sur toi, tu deviens dingo..."

Ces dernières années, grâce aux nouveaux moyens d'information, les peuples ont pris conscience du fossé qui les sépare des Occidentaux. Pascal Maitre reconnaît que les choses se sont "crispées", que les photographes sont moins bien acceptés. Dans certaines régions, les voyages nécessitent une lourde préparation en terme de sécurité. "Mais la plupart du temps, les gens vous laissent faire, ne serait-ce que pour qu'on sache ce qu'ils vivent." En caressant la paume de sa main, Pascal Maitre poursuit : "La vie est toujours plus forte que le reste, les gens sont très solides. C'est assez encourageant, au fond." Ni pessimiste ni optimiste, son regard est sombre quand il analyse le monde, mais s'éclaire dès lors qu'il s'attache aux hommes.

Très disert sur les aspects concrets de son métier, il devient évasif lorsque les questions touchent à sa sensibilité. Il admet être un solitaire, mais pas par recherche, simplement parce que c'est la réalité de son travail. Il lui est arrivé d'avoir peur, bien sûr, mais "on ne ressent pas les choses de la même façon selon les jours". Alors qu'il est absent six à huit mois par ans, comment sa famille vit-elle les risques qu'il lui arrive de courir ? "Je ne dis pas tout, ça ne sert à rien. Et, depuis le temps, ils s'habituent." Au bout de trente ans de métier, peut-être est-ce là l'explication de la façon très "dépassionnée" que Pascal Maitre a de parler de son métier : ce n'est pas une passion, c'est bien plus que cela. C'est sa vie.

 

(Voir le site de Pascal Maitre.)

par Aymeric Christensen publié dans : A plus d'un titre 1.0
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