Grégory Michel*, professeur de psycho-pathologie à l’université Victor Segalen Bordeaux-II et psychologue à l’hôpital Robert-Debré à Paris, a participé à l’éla-boration de la future plaquette de l’Education nationale sur les "jeux dangereux" (jeu du foulard, jeux d'agression, etc.) en milieu scolaire.
Qui sont les enfants touchés par les jeux dangereux ?
On estime que 12 à 14 % des adolescents les ont essayés, mais c’est difficile de dresser un "profil". On a longtemps cru que ceux qui pratiquaient le jeu du foulard avaient des tendances suicidaires, alors que c’est le contraire ! Ce sont des enfants très curieux, qui ont un besoin de sensation et d’existence.
Y a-t-il des signaux d’alerte ?
Oui, on commence à mieux les connaître. Des marques rouges au niveau du cou, des somnolences, des bourdonnements, des picotements dans les yeux peuvent être provoqués par le jeu du foulard. Mais c’est seulement l’addition de ces phénomènes qui doit inquiéter. D’autres "jeux", comme la tomate, ne laissent en revanche aucune trace.
Peut-on voir dans ces actes une modification du rapport à l’autre ?
Dans le cas des jeux d’agression, très clairement. L’autre n’est pas reconnu dans sa souffrance. Il y a une mise à distance assez effrayante, un détachement émotionnel, une absence complète d’empathie.
Ces pratiques ont-elles augmenté ces dernières années ?
Beaucoup de "jeux" existent depuis longtemps, mais leur diversité est assez spectaculaire aujourd’hui. Il y a une créativité morbide très inquiétante. Et on observe une plus grande précocité chez les enfants. De plus, la technologie a des effets pervers : on filme ses actes de violence comme une preuve. C’est une exhibition, un trophée.
Ces "jeux" auraient-ils un rapport avec des "rites initiatiques" ?
Bien sûr : ils touchent souvent l’identitaire. L’adolescent est à une période de transition, il a besoin d’expérimenter ses limites. Sans compter la pression du groupe, qui conduit à des formes de bizutage. La plupart des "jeux" permettent d’affirmer sa virilité.
Les garçons sont donc plus touchés que les filles ?
Dans le cas des jeux d'agression physique, oui. Mais il existe aussi une violence psychologique... On emploie parfois le terme de "bullying", qui correspond à un harcèlement moral, sous forme de rumeurs ou de remarques dépréciatives répétées. Cette violence-là touche beaucoup plus les filles.
La prévention est-elle possible ?
Il y a un risque réel, en se contentant d’actions informatives, d’inciter les adolescents à essayer ces "jeux". Une autre erreur serait de prendre un angle moralisateur – ce serait ne rien comprendre à leur psychologie. La meilleure prévention est "globalisante", c’est-à-dire qu’elle comprend l’enfant et son environnement. Il faut initier le débat et permettre la communication avec les jeunes sur ces sujets.
* Auteur de La Prise de risque à l’adolescence (ed. Masson) et Personnalité et développement du normal au pathologique (ed. Dunod).
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Comme il retrace son parcours, ses mains caressent la table devant lui. Intarissable, il accompagne la description de ses photos par de multiples anecdotes. Au-delà de l'aspect très posé de sa diction, c'est par les gestes que semble s'exprimer son amour du terrain - d'une façon concrète, presque tactile, à mille lieues d'un discours trop théorique, ou au contraire trop exalté.

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