Mardi 29 mai 2007

Le repositionnement attendu de la gauche passera-t-il... par le centre ?

Durant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle, François Bayrou a choisi d'affirmer son "indépendance" en annonçant qu'il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy, sans pour autant se prononcer en faveur de Ségolène Royal. Une stratégie cohérente pour lui, certes, mais qui a sonné la fin de son parti, l'UDF. Désormais, il doit reconstruire... Et c'est là qu'est le problème : comment ? avec qui ?

Le Béarnais a cru pouvoir rassembler en fondant le 10 mai le Mouvement démocrate. Succès mitigé, pour le moment, puisque les deux tiers de ses alliés à l'Assemblée nationale l'ont déjà abandonné.

Ralliés à la majorité présidentielle, regroupés autour du ministre de la Défense Hervé Morin, ils ont décidé de créer leur propre formation politique. On attendait le PSLE (Parti social libéral européen, vous m'en direz tant...), c'est finalement le "Nouveau centre" qui est né aujourd'hui. Aux législatives, ils comptent bien obtenir suffisamment de députés (il en faut vingt) pour constituer un groupe à l'Assemblée. D'ailleurs, ils espèrent décrocher entre vingt-cinq et trente fauteuils. L'ancien groupe UDF en comptait... vingt-neuf !

Si le Nouveau centre réussit son pari, François Bayrou aurait alors de plus en plus de mal à tenir sa ligne "ni, ni" entre le PS et l'UMP.

Débordé sur sa droite, le MoDem serait contraint de basculer définitivement dans l'opposition.

C'est d'ailleurs là qu'est tout le paradoxe et l'instabilité de la position de François Bayrou : après avoir redonné au centre une nouvelle vitalité pendant la campagne présidentielle, il pourrait bien le voir se reconstruire sans lui...

 

par Aymeric publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Vendredi 18 mai 2007

Il y a des jours où il ne fait pas bon être dans l’opposition. Pas parce qu’on n’est pas au gouvernement – c’est une chose entendue, les électeurs ont choisi, alors passe encore. Non, le pire, c’est qu’il faut s’exprimer. À chaque annonce importante, une horde de journalistes affamés vient réclamer une petite déclaration, un avis, une pique. Le problème, c’est que cette situation oblige parfois à dire un peu n’importe quoi.

Aujourd’hui est une de ces journées où le premier secrétaire du Parti socialiste doit regretter sa place. L’annonce du gouvernement de modèle "Fillon I" (Brevet déposé par Nicolas S., résidant au 55, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris VIII) est un événement pour  lequel il convient de réagir. Aïe. Vite, des idées !

Première difficulté : la nomination de personnalités de gauche. On y va. Bernard Kouchner ? il sera exclu du PS. Eric Besson ? déjà exclu. Jean-Pierre Jouyet ? encore plus simple : il n’en faisait pas partie. Ouf ! Jusque là, ça va à peu près.

Deuxième point : la composition générale de l’équipe. Là, facile, François H. sait quoi dire : "Ils vont mener une politique de droite". Sans blague ?

Allez, encore une petite critique… "La diversité se réduit à la seule personne de Rachida Dati." Mais là, je m’insurge. Cher Monsieur H., j’ai une question à vous poser : certes, la diversité se limite à Rachida Dati, mais parmi les élites du Parti socialiste, elle est où, la diversité ?

J’en connais un qui a perdu une occasion de se taire.

 

par Aymeric publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Jeudi 17 mai 2007

A la surprise générale, François Fillon a donc été nommé Premier ministre par le président de la République (attention, piège : depuis hier, ce n'est plus M. Chirac).

L'ancien résident de Matignon, Dominique de Villepin, a donc été conduit à évoquer son successeur. Ce sont des choses qui se font... Mais aucun problème : "c'est un ami" et "il a tous les atouts pour réussir". Nous voilà rassurés.

 

Euh... un instant ! "Tous les atouts pour réussir" ? Parle-t-il bien de ce même François Fillon, qu'il évoquait encore il y a peu quand il disait : "Si vous alignez Fillon, Barnier et Bachelot, jamais vous ne gagnez une présidentielle" ? Le même, vous êtes sûr ?

(Vous aurez noté, au passage, la finesse de la prédiction.)

 

par Aymeric publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Mardi 15 mai 2007

La scène se passe au tribunal correctionnel de Paris : quelques prévenus passent en comparution immédiate. Dans la salle, un jeune homme s'installe et écoute en prenant des notes. Peu à peu, la curiosité de voir la justice à l'oeuvre laisse place à un malaise grandissant. Cette impression diffuse de voir défiler une cour des miracles, en simple spectateur, presque voyeur.

 

Un an ferme pour un ordinateur

Le premier jugement pose l'ambiance : un SDF d'une quarantaine d'années, toxicomane, comparaît pour avoir volé un ordinateur et un appareil photo numérique, au sixième étage d'un immeuble du huitième arrondissement. Comment a-t-il fait ? Il a tout simplement escaladé un échafaudage en construction. Problème : il était sous mise à l'épreuve, après avoir été condamné pour des faits identiques en avril. Son casier judiciaire fait 11 pages, il a passé 17 ans en prison et affiche un beau palmarès de 31 condamnations.

Le procureur (je n'aimerais pas avoir pour métier d'être "le méchant" tous les jours) souligne que "l'individu ne remet pas en cause son comportement". Il requiert 8 mois de prison. Ce sera finalement un an ferme. Quand on l'emmène, l'homme hurle.

A quoi sert une telle peine ? Après 17 ans en prison, on doute qu'une année supplémentaire change quelque chose. Et, après tout, aucune des condamnations antérieures n'impliquait des violences... Alors quoi ? Je continue de m'interroger.

 

Ce serait drôle, si ce n'était pas si triste

Etonnant de voir comme certains prévenus s'enferme dans des positions absolument indéfendables. Comme des enfants pris sur le fait, ils se replient sur eux-mêmes et nient. Ils nient, nient et nient encore, contre tout bon sens. Puis ils s'effondrent et avouent en bloc. On ressent un peu de soulagement pour eux, voire une certaine empathie.

Le premier cas doit être d'une banalité affligeante. Arrêté au volant d'une voiture non assurée, de nuit alors qu'il roulait sans phares et avec un taux d'alcolémie trop élevé, et surtout sans permis, l'homme baisse les yeux. Il a déjà été arrêté dans des circonstances similaires en mars et en avril. Trois fois en trois mois. Et il nie : non, il ne conduit pas régulièrement. La faute à pas de chance... Le procureur insiste, le prévenu tient bon. Un peu, encore un peu. Finalement, il baisse un peu plus les yeux et admet.

Plus rocambolesque encore, la comparution de deux Roumains interpellés de nuit en train de voler du cuivre sur un chantier. Ils n'ont rien fait. Les policiers sont des menteurs. La "femme policier" a pris les métaux, les a mis dans un sac et les leur a donnés. Les empreintes digitales ? la police s'est trompée. Le casier judiciaire de l'un des deux ? ce n'est pas lui. Plus fort encore, ce dernier prétend être atteint d'une cirrhose du foie, de l'hébatite B, de la tubercolose et sujet à des crises d'épilepsie. Pourtant, la visite médicale n'a rien confirmé. Les deux jeunes s'obstinent jusqu'au dernier moment, où ils se mettent à pleurer, admettent "avoir fait une bêtise", et disent qu'ils veulent retourner en Roumanie.

 

Un avocat comme dans les films

Dans la plupart des affaires, les avocats commis d'office font le strict minimum. Leurs "clients", ils les défendent parfois plus que mollement.

Soudain, vers la fin de l'après-midi, coup de théâtre. Un avocat, un vrai, apparaît. Un payé par l'accusé. Je peux vous assurer qu'on sent la différence. Il se lève, commence à marcher et parle en faisant de grands gestes. Point par point, il montre les failles de la procédure. Soudain, cette petite salle devient le décor d'un film ou d'une série policière. (A la différence notable que personne ne s'écrie : "Objection !" à tout bout de champ comme l'imposent ces agaçants scénaristes...) Au final, il parviendra à faire relaxer son client "au bénéfice du doute".

La chute est encore plus savoureuse. A la sortie, je l'entends parler avec la femme de ce dernier : "Je ne sais pas s'il le méritait", dit-il. Elle s'offusque, assure que si ; il lui réplique d'un air entendu : "Ouais, ouais..."

 

par Aymeric publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Dimanche 13 mai 2007

Devinette : quel hebdo titre cette semaine "Le président" ?

Vous aurez évidemment repéré le piège, puisqu'ils sont deux à le faire. A ma droite, Le Point, à ma gauche (enfin...), L'Express. La coïncidence est amusante, même si cette simplicité un peu solennelle était prévisible. D'accord, on ne peut pas tellement leur en vouloir, Nicolas Sarkozy vient d'être élu, le titre s'impose presque. On pourrait même leur reconnaître le bon goût de ne pas avoir titré "Sarkozy président", tout à fait juste du point de vue de l'information, mais qui sonne un peu trop "slogan" tout de même !

 

En fait, il n'y aurait pas eu grand chose à dire sur ce petit bégaiement dans les kiosques si l'histoire ne se répétait pas étrangement. Je dis l'histoire, c'est au sens d'anecdote ; le terme d'actualité serait plus approprié. Car l'actualité se répète. Pas plus tard qu'il y a quinze jours, les deux hebdomadaires sus-nommés avaient déjà rendu des copies très similaires (sans qu'on puisse dire hélas lequel était le copieur).

Heureusement, le ridicule ne tue pas. Mais le mimétisme, peut-être. Surtout dans la presse... Tiens, nouvelle devinette (ne regardez pas tout de suite l'image) : seriez-vous capables de dire de mémoire lequel avait opté pour "Sarkozy peut-il perdre ?" et lequel avait préféré "Peut-il être battu ?" Hum ! pas facile. C'est bonnet bleu et bleu bonnet...

Quant à leurs confrères du Nouvel Observateur, ils avaient joué les cancres de la même façon, en proposant une version à peine différente : "Peut-elle le battre ?" A eux trois, ils ont donné une image claire d'un certain formatage de la presse française.

Bon, d'un autre côté, c'était plutôt drôle !

 

par Aymeric publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Vendredi 11 mai 2007

Passage-éclair à Bruxelles, hier. En Thalys, ça ne prend qu'1h20 d'y aller. L'occasion de quelques rencontres intéressantes au Parlement européen (qui est - comme chacun sait - officiellement à Strasbourg)...

Bronislaw Geremek, par exemple, dont on ne sait plus tellement s'il est toujours eurodéputé ou non depuis que la Diète polonaise a annoncé la perte de son mandat. La raison de cette sanction ? Il a refusé de signer une déclaration obligatoire affirmant qu'il n'avait pas collaboré avec les anciens services secrets soviétiques. Pour cette figure de la lutte anticommuniste dans son pays, la loi qui l'impose est une "violation des droits civiques". Et l'affaire est bien ironique...

Gérard Onesta, ensuite, vice-président du Parlement et appartenant au groupe des Verts, qui nous a présenté son "Plan A+" destiné à relancer le processus constitutionnel mis à mal depuis un certain 29 mai 2005... Bon vendeur, convaincant. Peut-être un peu trop. Il faudrait voir quels sont les autres projets.

De l'intervention de Gilles Savary (PSE), je retiens surtout que les clivages gauche-droite à la française n'ont décidément pas grand sens au niveau européen. Reste à savoir si ses critiques du système français seraient les mêmes "au pays", lui qui était l'un des porte-parole de Ségolène Royal durant la campagne présidentielle.

Regards de correspondants

Mais de tous les échanges, le plus intéressant a été celui avec Christophe Garach (pigiste au Parisien) et Jean Quatremer (journaliste à Libé). De leur expérience de correspondants à Bruxelles, il ressort une certaine vision du traitement réservé à "l'Europe" dans notre presse nationale. L'enthousiasme du second ne suffit pas à masquer une certaine désillusion, tant il est visiblement difficile pour eux de placer des articles dans leurs journaux respectifs.

Pourquoi cela ? Parce qu'on ne parle pas de l'Union européenne en France. Ou mal. Selon les journaux, c'est compliqué et ça n'intéresse pas les lecteurs. Ce qui est possible. Mais peut-être aussi qu'à force de ne pas en parler, on finit par ne vraiment rien y comprendre et ne pas s'y intéresser... non ?

C'est bien simple, quand on parle d'Europe chez nous, c'est soit pour évoquer une discussion qui ne risque pas d'aboutir avant (au mieux !) deux ou trois ans, soit pour signaler une directive dont on n'a pas parlé auparavant (et qui semblera donc imposée par une force extérieure), soit pour rappeler que la France devra encore payer des indemnités car elle n'applique pas ces fameuses directives. Valorisant, n'est-ce pas ?

Mais bon, c'est vrai : "l'Europe, c'est compliqué et ça n'intéresse personne"...

 

par Aymeric publié dans : A plus d'un titre 1.0
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