Jeudi 30 novembre 2006

La presse française vue par un écrivain américain, pourtant réputé "franco-phile"… Dans l’édition du Monde des Livres datée du 17 novembre 2006, Jonathan Littell, Grand Prix du roman de l’Académie française et Prix Goncourt pour Les Bienveillantes (Gallimard), déclarait :

"J'ai été sidéré par la capacité d'invention des journalistes français. J'ai découvert plein de choses sur moi. […] Étonnant. Il suffisait pourtant de taper mon nom sur Google !"

 

Quelques remarques, presque comme elles viennent :

  • Il y a toujours du bon dans la critique : elle est, au moins, le signe visible de l’exigence que l’on a envers une personne ou une profession. De ce point de vue, la presse française devrait être flattée.

       

  • Y a-t-il davantage de cancres qu’ailleurs parmi les journalistes de ce pays ? Il semble que l’attraction de la copie du voisin soit trop forte pour certains… D’un autre côté, on sait bien que cela n’arrive qu’aux autres !

       

  • Les erreurs constatées sont-elles le fruit d’une véritable paresse, d’une mauvaise compréhension des sources ou d’une volonté de modifier certains épisodes de la vie de l’auteur pour donner plus de saveur à des articles ?

       

  • Google ? Mon Dieu, mais faites-le taire ! Pourquoi donner des idées aux plus paresseux d’entre nous ?

       

  • Si les portraits fantaisistes ont été publiés, il faut craindre que tout un chacun ne tombe dessus assez rapidement en furetant sur Internet.

       

  • Au fait, dans combien de pays le roman de Jonathan Littell est-il paru ? Voilà peut-être un espoir de "sauver l’honneur" : qui sait si l’écrivain n’aura pas quelques surprises en découvrant son portrait dans la presse étrangère… Maigre consolation, tout de même.

       

  • Un petit rappel déontologique ne fait jamais de mal. (Penser à y penser.)

(Photo : AFP / C. Helie.)

par Aymeric Christensen publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Mardi 28 novembre 2006

Le plus célèbre des espions est de retour, sous les traits de Daniel Craig. Sa mission : donner un nouveau souffle à une franchise lucrative mais usée jusqu’à la corde. Une vraie réussite. 

La formule de "nouveau James Bond" n’aura jamais été aussi juste. Dans Casino Royale, l’agent 007 ne revient pas, il renaît.

L’intrigue oppose Bond au Chiffre, sorte de banquier pour terroristes condamné à gagner une partie de poker à haut risque pour récupérer l’argent perdu lors d’une "malheureuse" opération boursière. Curieuse mission, a priori, pour l’agent de Sa Majesté : en battant Le Chiffre au Casino Royale, il pourra forcer celui-ci à révéler ce qu’il sait des organisations pour lesquelles il travaille, en échange de la protection du MI6. Bien entendu, quelques rebondissements sont à prévoir…

 

Tout reprendre à "00"...

En adaptant la première aventure écrite par Ian Fleming en 1953, Martin Campbell, aidé des scénaristes Neal Purvis, Robert Wade et Paul Haggis, réussit ce qui aurait semblé impensable il y a quatre ans, au moment de la sortie du dernier épisode, Meurs un autre jour : innover et surprendre. Le film met en scène l’agent secret à ses débuts, alors qu’il vient de recevoir le matricule "double-zéro", soit son permis de tuer. L’occasion de montrer comment le James Bond d’alors – violent, arrogant et impulsif – est devenu celui que le monde entier connaît.

Autre avantage d’un tel argument : une bonne partie des références-clés de la saga sont très intelligemment réinventées. A commencer par la séquence du "gunbarrel", qui ouvre traditionnellement les aventures de l’espion, ici introduite de façon ingénieuse. L’Aston Martin DB5 ou encore le vodka-martini (au shaker ou à la cuiller, à votre avis ?) sont aussi de la partie, oscillant entre le clin d’œil et la remotivation pure et simple. Et la fameuse réplique, celle qui introduisit Sean Connery dans Dr. No et fut reprise ensuite dans chaque film ? Martin Campbell s’offre le luxe d’en proposer la version la plus intense (et jubilatoire) depuis… eh bien, depuis Dr. No, justement !

 

Film d’acteurs plus que film d’action ?

Mais la plus grande réussite du film n’a rien d’une prouesse scénaristique, ou même technique : il s’agit certainement du choix des comédiens. Daniel Craig, loin de l’élégante désinvolture affichée par ses prédécesseurs, ramène le personnage d’un improbable statut de super-héros à celui, indiscutable, de héros. Tout court. Et le résultat est beaucoup plus impressionnant. Il n’est pas James Bond : il le devient peu à peu, par petites touches, avec l’aide d’Eva Green, fascinante dans le rôle de Vesper Lynd – autre excellente surprise du film, que cette "James Bond girl" piquante, touchante, forte et profonde. Dans le rôle du méchant, Mads Mikkelsen ne démérite pas, parvenant à faire sentir le mélange d’assurance, de peur (il risque tout de même d’être tué s’il ne récupère pas l’argent perdu) et de perversité de son personnage.

Le choix de comédiens solides présente un autre avantage : celui de rendre la tension palpable au fil des dialogues, parfois plus encore qu’au milieu des scènes d’action. A ce titre, la partie de poker au Casino Royale est un sommet de suspense, rappelant par son intensité silencieuse les meilleurs instants de la partie de golf dans Goldfinger. D’autres moments marquants parsèment le film, à l’image de la scène de la douche, déchirante, ou de celle de torture, difficilement soutenable. Autant de passages qui donnent à ce vingt-et-unième épisode de la série une saveur unique.

 

L’après Brosnan bien négocié

Plus sombre, plus dur, plus complexe, mais aussi plus tendre que les précédents, Casino Royale donne à James Bond le visage humain qui lui manquait jusqu’à présent. Dire que beaucoup ont protesté contre le choix de Daniel Craig ! En comparaison, l’interprétation du très populaire Pierce Brosnan fait pâle figure : trop lisse, trop irréel et desservi par des plaisanteries poussives… On comprend aisément que l’acteur n’ait guère apprécié de devoir rendre son smoking et d’être écarté de la distribution du film, dont le scénario et la réalisation sont en tous points supérieurs aux quatre films qu’il a lui-même tournés. Avec Casino Royale, c’est peut-être tout simplement le rôle de sa carrière qui lui a échappé. Ironie du sort, le personnage s’appelle Bond. James Bond.

 

par Aymeric Christensen publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Samedi 25 novembre 2006

Donc, le comédien Philippe Noiret nous a quittés. La nouvelle s'est répandue, les journaux en ont fait leurs titres, un vent d'hommages s'est soudain levé sur la France. Un vent tout à fait justifié, certes, mais comme toujours quelques rafales de superlatifs ont insufflé à l’ensemble un soupçon d’artifice. Inutile de le regretter : c’est le sort réservé à tous nos prestigieux disparus.

Ainsi, parmi les réactions d’hommes politiques, Jacques Chirac a salué un "géant", le Premier ministre, Dominique de Villepin, un "acteur exceptionnel", le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, une "immense figure du septième art", Bertrand Delanoë (maire de Paris), un "immense comédien" et un "artiste élégant", etc. De nombreuses autres personnalités se sont exprimées – parmi lesquelles des metteurs en scène et des acteurs, bien entendu. De tous ces éloges, ressort l’image d’un personnage plein de noblesse, d’un "baron du cinéma", comme le dit Patrice Leconte.

Quelques mots, pourtant, se détachent avec netteté de l’ensemble. Le plus bel hommage rendu à Philippe Noiret, le moins formel et le plus touchant, vient probablement de son ami Jean Rochefort, qui a eu des mots très délicats sur France 2. Plutôt que de commenter trop longuement les autres, laissons-lui simplement la parole :

"Il y a quatre ou cinq jours, je suis avec lui, je rentre dans sa chambre. Il était chez lui sous la surveillance admirable de sa femme, Monique Chaumette, et de Frédérique, sa fille. Je suis bouleversé de le voir et il me dit : ‘Ah!, ne pleure pas, ça ne nous ressemble pas !’ Il m’a donné du courage. Au bout d'un instant, je lui ai tenu la main. On était comme deux imbéciles, la main dans la main. Un jeune médecin est entré et il a souri en nous voyant, deux vieux comme ça, la main dans la main. Ça m'a donné du courage, le sourire de ce docteur, le courage de lui demander : ‘Est-ce que tu as peur ? Est-ce que tu es angoissé ?’ Il m'a répondu : ‘C'est assez emmerdant comme ça ; si en plus j'étais angoissé…’ Pendant cette heure, il n'a cessé de me faire rire. C'est une élégance, celle d'un seigneur."

par Aymeric Christensen publié dans : A plus d'un titre 1.0
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Vendredi 24 novembre 2006

Le numéro d'appel du Samu social demeure accessible toute l'année, même si à la belle saison son fonctionnement n'est pas exactement le même qu'en hiver.

"Quand je vois quelqu'un dans la rue qui n'a pas l'air bien ? j'appelle les pompiers, bien sûr !" lance Marie. Son amie Virginie réplique : "Si c'est un SDF, tu as le Samu social." Cet échange n'a rien d'anodin. Dix ans après la mise en place du 115, le numéro vert d'accueil des sans-abri, nombreux sont ceux qui ont encore le réflexe d'appeler la caserne ou le commissariat.

"Beaucoup nous contactent pour nous signaler des personnes dans la rue, constate Thomas, agent de police dans un commissariat de quartier. Nous leur disons de contacter le 115, mais nous pouvons aussi envoyer la BAPSA (Brigade d'Assistance aux Personnes Sans-Abri). Nous avons nos propres centres d'hébergement. Pour les cas les plus préoccupants, il y a aussi l'hôpital." Le Samu social n'est pas encore devenu un vrai réflexe.

 

Une problématique différente

Et en été : que se passe-t-il ? Dans les esprits, le 115 reste associé aux vagues de froid du coeur de l'hiver. Le service est-il suspendu avec l'arrivée des beaux jours ? "Non, sans doute pas..." reprend Marie, visiblement peu convaincue. Comme la plupart des Parisiens, elle ne s'est jamais posé la question. C'est un fait : l'usage du 115 pour signaler un sans-abri est un phénomène très saisonnier. Seuls les appels directs des concernés ne semblent pas diminuer trop fortement. Pour les autres, les chiffres sont indiscutables. Entre 1000 et 1500 appels en moyenne par semaine courant janvier ; de cinq à dix signalements en 24 heures pendant l'été. En soi, rien d'étonnant à cela. "Les gens réagissent par rapport à ce qu'ils ressentent, explique-t-on au Samu social. En hiver, ils ont froid et compatissent davantage."

Il est vrai que les problèmes ne sont pas les mêmes selon la saison. L'hiver, l'hébergement est une question urgente et vitale. Ainsi diverses associations viennent-elles en renfort, afin d'assurer les "maraudes" (tournées auprès des personnes dans la rue). En juillet-août, la problématique est différente. Des structures ferment, se nourrir devient plus compliqué en l'absence de soupes populaires, mais l'hébergement est moins capital. La diminution des espaces d'hygiène, en revanche, se fait davantage sentir. "Ce n'est pas moins grave ! insiste Valérie Coton, à la communication du Samu social. C'est juste différent." Et elle ajoute que leurs centres d'hébergement demeurent ouverts, même si le personnel est plus restreint en l'absence des renforts hivernaux. Aux Transports Automobiles Municipaux (TAM), qui dépendent de la Mairie de Paris, on confirme ce point : la mise à disposition de moyens matériels et humains ne se fait jamais en été. "Il n'y a pas de raison d'être sollicité, puisque le régime de fonctionnement du Samu social est moins important."

 

Des prises en charge plus personnelles

Infirmière dans un centre d'hébergement d'urgence avec soins infirmiers (CHUSI), Blandine, 25 ans, reconnaît que le travail en été est "plus calme". En cette saison, elle dispense essentiellement des soins de base (pansements, distribution de médicaments) et d'hygiène. Les cas de réanimation sont rares, et généralement pris en charge par le Samu. "Il y a deux types d'hébergements : les centres d'hébergement d'urgence simples (CHUS) et les CHUSI, qui sont plus nombreux mais disposent de moins de place. Les personnes qui arrivent chez nous ont été orientées par un médecin, elles ne viennent pas d'elles-mêmes. Certaines sortent aussi d'hôpitaux, qui ont tendance à les "libérer" le plus tôt possible, alors qu'elles ont encore besoin de soins. Mais attention ! nous ne sommes pas un hôpital des pauvres ! Notre travail correspond plus à des soins à domicile."

Par rapport au rythme d'hiver, le centre marche au ralenti. La rotation des lits est moins importante, les prises en charge plus longues. Ce qui permet d'augmenter la dimension relationnelle et sociale en aidant les patients pour des problèmes administratifs, par exemple. "Nous avons six lits vides sur 75, précise Blandine. C'est beaucoup, mais ça permet aussi d'apporter des soins différents."

La canicule n'apporte pas vraiment plus de besoins. Tout juste la vigilance doit-elle être accrue sur les dangers de l'alcool. Avec la chaleur, il devient plus nocif et peut causer des problèmes cardiaques ou respiratoires.

 

Moins de visibilité ?

Sous le porche de l'église de la Trinité (Paris IX), Jean-Paul, originaire de la Réunion, range ses affaires. Les centres d'hébergement, il ne veut pas y aller. "Prendre une douche, oui. Mais je n'aime pas être enfermé." Comment explique-t-il que les signalements au 115 soient si peu nombreux en été ? "On nous voit moins, sans nos sacs de couchage et nos cartons. Peut-être aussi que les gens ont moins peur pour nous !"

 

(Reportage réalisé en juillet 2006 - photos : Samu social.)

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Mardi 21 novembre 2006

En début d'après-midi, un jour de grève à la SNCF : trafic perturbé mais usagers presque imperturbables. Un œil en gare…

 

Une salle des pas perdus paisible a de quoi étonner. C’est pourtant le spectacle qui s'offre aujourd'hui aux voyageurs égarés dans le vaste hall de la gare du Nord, à Paris. Eparpillés de-ci, de-là, parfois regroupés à deux ou trois autour de points de chauffage, les rares usagers à s’être déplacés semblent prendre leur mal en patience, la mine tout de même un peu lasse. Il est vrai qu’Internet permet aujourd’hui de mieux anticiper les mouvements sociaux.

Seul le trafic des Eurostar et des trains Thalys n’est pas perturbé. Pour les autres trajets, les larges panneaux censés annoncer les trains à quai demeurent aussi vides que certaines files d’attente – la moitié des guichets étant fermés.

 

Les quais mènent un train tranquille

Loin de l’agitation habituelle, la gare prend des allures de bulle hors du temps, comme si la vie s’était considérablement ralentie. Ici, une équipe de télévision filme un panneau d’information ; là, une jeune fille lit tranquillement un livre ; ailleurs, un religieux croque dans une pomme. Des touristes profitent des voies dégagées pour prendre des photos du bâtiment. Un Thalys entre en gare, il déverse ses passagers sur un quai encore désert quelques secondes auparavant. Puis cette foule, à peine apparue, se disperse déjà et s’écoule doucement en direction de la rue ou des lignes de métro.

14h20 ; un léger mouvement s’esquisse en direction de la première voie indiquée "au départ" depuis trois quarts d’heure. Ceux qui partent en direction de Compiègne pourront bientôt quitter la capitale, à l’image du prêtre qui a, entre temps, terminé sa pomme. La jeune fille referme son livre pour aller scruter de nouveau le grand panneau d’information, qui n’a guère changé.

A l’autre extrémité du hall, des drapeaux " Force ouvrière " commencent à apparaître. Une trentaine de syndicalistes – bientôt rejoints par ceux de la CGT – se rassemblent et entreprennent de distribuer des autocollants. Du coin de l’œil, quatre agents de police les observent ; l’équipe de télévision se rapproche.

Indifférents à ce petit attroupement, les voyageurs continuent à déambuler en attendant le prochain train. Lentement.

 

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Dimanche 19 novembre 2006

Dis-moi ce que tu recherches sur Internet, je te dirai comment va ton pays… Pour le mois de septembre 2006, les trois requêtes les plus souvent formulées en France sur le célèbre moteur de recherche étaient : "anpe", "meetic" et "programme tv".

Sans vouloir donner à ce classement une signification démesurée, un tel résultat fait tout de même froid dans le dos. Il est plus éloquent sur le moral de la population que n’importe quel sondage. Dans l’hexagone, les trois premières préoccupations sont donc : trouver du travail, faire des rencontres, savoir ce qui passe à la télévision ce soir. Mais au fait : les chiffres du chômage ne sont pas censés baisser ? Internet n’a pas ouvert notre vie à d’autres horizons, depuis le temps ? Apparemment, ce n’est pas si simple.

A titre de comparaison, pour le même mois de septembre, nos voisins d’outre-Rhin s’orientaient en priorité vers l’encyclopédie libre Wikipédia, tandis que les Italiens se préoccupaient de la Juventus de Turin. Évidemment, ces têtes de classement ne font qu’accentuer l’image un peu déprimante (déprimée ?) de la France.

Cruelle ironie, la quinzième et dernière place de la liste fournie par Google est occupée par le feuilleton télévisé… Plus belle la vie ! C’est toujours mieux que rien, diront certains.

 

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Samedi 18 novembre 2006

Jusqu'au 27 janvier 2007, une exposition à l'Hôtel de Ville laisse au dessinateur Jean Cabut, dit Cabu, le soin de croquer Paris et ses habitants. 

Franchir le seuil de l'exposition "Cabu et Paris", c'est laisser derrière soi les rues anonymes pour retrouver la ville telle qu'on la connaît. Sur de grands panneaux à l'entrée, Paris devient un dessin familier, tandis que les mots du dessinateur nous accueillent et racontent : "Je suis arrivé à Paris en fin de matinée, en 1956, Gare de l'Est." Cabu nous entraîne derrière lui, court de quartier en monument, à travers des collages foisonnants et animés, pour dresser un large portrait de la capitale.

L'image qui transparaît de Paris est à mi-chemin entre l'imaginaire collectif et une sorte de portrait en miroir du dessinateur. Il affirme ainsi son amour des clubs de jazz ou de Saint-Germain-des-Prés et illustre l'atmosphère d'un Paris éternel, à peine entaché par quelques constructions modernes. Nostalgique mais plein d'humour, l'hommage en noir et blanc n'emprunte jamais les tons sépia d'un regard trop passéiste. Cabu relate par l'anecdotique et le mouvement les évolutions de la capitale, où les rôtisseries sont devenues des cabines à UV, où le Pont Mirabeau voit passer aujourd'hui plus de joggers que de poètes...

 

"Un coup de crayon vaut mieux qu'un trait d'esprit"

Organisée autour de six thèmes, comme autant de visages de la ville, l'exposition est d'abord constituée de 68 planches originales. Au milieu de ces collages de dessins de presse, des photos de l'artiste au travail, des affiches, et surtout de nombreux petits carnets qui semblent ouverts au hasard. Pour un peu, les croquis ressembleraient à des cartes postales, tant ils captent l'essence des endroits, identifiables au premier coup d'oeil. Vingt dessins inédits sont consacrés aux vingt arrondissements de Paris, et un film nous montre enfin Cabu déambulant un carnet à la main, facétieux et comme chez lui dans les rues de la ville.

Les visiteurs se penchent, sourient, montrent du doigt. "Un coup de crayon vaut mieux qu'un trait d'esprit", commente l'un d'eux. Certains regretteront peut-être le caractère trop politique de quelques croquis, mais peut-on reprocher à un caricaturiste de vouloir faire passer quelques messages ? En quittant l'Hôtel de Ville, le sourire d'un garnement de cinq ans aperçu sur l'une des photos nous revient en mémoire, tandis que la voix de Jean Cabut tente un bilan de la promenade : "50 ans plus tard, les couleurs n'ont pas passé. J'ai toujours 17 ans. Alors, qu'est-ce qui a changé ? Ah oui : je suis peut-être devenu Parisien !"

 

(Photo : Cabu.)

par Aymeric Christensen publié dans : A plus d'un titre 1.0
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