Vendredi 24 novembre 2006
Le numéro d'appel du Samu social demeure accessible toute l'année, même si à la belle saison son fonctionnement n'est pas exactement le même qu'en hiver.
"Quand je vois quelqu'un dans la rue qui n'a pas l'air bien ? j'appelle les pompiers, bien sûr !" lance Marie. Son amie Virginie réplique : "Si c'est un SDF, tu as le Samu social." Cet échange n'a rien d'anodin. Dix ans après la mise en place du 115, le numéro vert d'accueil des sans-abri, nombreux sont ceux qui ont encore le réflexe d'appeler la caserne ou le commissariat.
"Beaucoup nous contactent pour nous signaler des personnes dans la rue, constate Thomas, agent de police dans un commissariat de quartier. Nous leur disons de contacter le 115, mais nous pouvons aussi envoyer la BAPSA (Brigade d'Assistance aux Personnes Sans-Abri). Nous avons nos propres centres d'hébergement. Pour les cas les plus préoccupants, il y a aussi l'hôpital." Le Samu social n'est pas encore devenu un vrai réflexe.
Une problématique différente
Et en été : que se passe-t-il ? Dans les esprits, le 115 reste associé aux vagues de froid du coeur de l'hiver. Le service est-il suspendu avec l'arrivée des beaux jours ? "Non, sans doute pas..." reprend Marie, visiblement peu convaincue. Comme la plupart des Parisiens, elle ne s'est jamais posé la question. C'est un fait : l'usage du 115 pour signaler un sans-abri est un phénomène très saisonnier. Seuls les appels directs des concernés ne semblent pas diminuer trop fortement. Pour les autres, les chiffres sont indiscutables. Entre 1000 et 1500 appels en moyenne par semaine courant janvier ; de cinq à dix signalements en 24 heures pendant l'été. En soi, rien d'étonnant à cela. "Les gens réagissent par rapport à ce qu'ils ressentent, explique-t-on au Samu social. En hiver, ils ont froid et compatissent davantage."
Il est vrai que les problèmes ne sont pas les mêmes selon la saison. L'hiver, l'hébergement est une question urgente et vitale. Ainsi diverses associations viennent-elles en renfort, afin d'assurer les "maraudes" (tournées auprès des personnes dans la rue). En juillet-août, la problématique est différente. Des structures ferment, se nourrir devient plus compliqué en l'absence de soupes populaires, mais l'hébergement est moins capital. La diminution des espaces d'hygiène, en revanche, se fait davantage sentir. "Ce n'est pas moins grave ! insiste Valérie Coton, à la communication du Samu social. C'est juste différent." Et elle ajoute que leurs centres d'hébergement demeurent ouverts, même si le personnel est plus restreint en l'absence des renforts hivernaux. Aux Transports Automobiles Municipaux (TAM), qui dépendent de la Mairie de Paris, on confirme ce point : la mise à disposition de moyens matériels et humains ne se fait jamais en été. "Il n'y a pas de raison d'être sollicité, puisque le régime de fonctionnement du Samu social est moins important."
Des prises en charge plus personnelles
Infirmière dans un centre d'hébergement d'urgence avec soins infirmiers (CHUSI), Blandine, 25 ans, reconnaît que le travail en été est "plus calme". En cette saison, elle dispense essentiellement des soins de base (pansements, distribution de médicaments) et d'hygiène. Les cas de réanimation sont rares, et généralement pris en charge par le Samu. "Il y a deux types d'hébergements : les centres d'hébergement d'urgence simples (CHUS) et les CHUSI, qui sont plus nombreux mais disposent de moins de place. Les personnes qui arrivent chez nous ont été orientées par un médecin, elles ne viennent pas d'elles-mêmes. Certaines sortent aussi d'hôpitaux, qui ont tendance à les "libérer" le plus tôt possible, alors qu'elles ont encore besoin de soins. Mais attention ! nous ne sommes pas un hôpital des pauvres ! Notre travail correspond plus à des soins à domicile."
Par rapport au rythme d'hiver, le centre marche au ralenti. La rotation des lits est moins importante, les prises en charge plus longues. Ce qui permet d'augmenter la dimension relationnelle et sociale en aidant les patients pour des problèmes administratifs, par exemple. "Nous avons six lits vides sur 75, précise Blandine. C'est beaucoup, mais ça permet aussi d'apporter des soins différents."
La canicule n'apporte pas vraiment plus de besoins. Tout juste la vigilance doit-elle être accrue sur les dangers de l'alcool. Avec la chaleur, il devient plus nocif et peut causer des problèmes cardiaques ou respiratoires.
Moins de visibilité ?
Sous le porche de l'église de la Trinité (Paris IX), Jean-Paul, originaire de la Réunion, range ses affaires. Les centres d'hébergement, il ne veut pas y aller. "Prendre une douche, oui. Mais je n'aime pas être enfermé." Comment explique-t-il que les signalements au 115 soient si peu nombreux en été ? "On nous voit moins, sans nos sacs de couchage et nos cartons. Peut-être aussi que les gens ont moins peur pour nous !"
(Reportage réalisé en juillet 2006 - photos : Samu social.)
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